Concours carnet de voyage de Libération sur le thème de la rencontre.
Deux jours de charrette de la mort comme au bon vieux temps!
> le texte inscrit sous les images est sensé figurer sur les images, mais en basse résolution, on ne lit rien...
J'ai rencontré Yvonne il y dix ans, à Roubaix.
A l'époque, je sillonnais la région avec mon carnet de croquis pour capter la "norditude".
J'étais installée à un bar pour croquer discrètement la population du lieu.
Yvonne était à une table du fond et grattait des Banco.
Yvonne-Marie de son prénom complet. Elle préférait qu'on l'appelle Marie mais ça, je l'ai su bien plus tard. Pour moi, c'était Yvonne.
Une grande bringue joviale au look de camionneuse et un phrasé de poissonnière. Elle avait un hippocampe tatoué derrière une oreille. Pourquoi, je n'ai jamais su.
Elle m'avait surprise en train de la dessiner, alors on avait engagé la conversation.
Elle travaillait à La Redoute, à mi-temps. Comme elle manquait d'argent, elle tentait souvent sa chance avec les jeux à gratter mais elle ne gagnait jamais.
Elle me disait alors qu'elle voyait la fortune et la réussite pour les autres, jamais pour elle.
En baissant un peu la voix, elle me confiait qu'elle était voyante.
Mais quand bien même, les numéros gagnants du loto, elle ne les voyait jamais!
En échange d'un de mes dessins, elle me propose de lire mon avenir. J'étais un peu sceptique mais je me laissais faire, par curiosité et amusement. N'empêche qu'elle m'avait dit des choses qui se sont vraiment réalisées.
Elle tirait les cartes aussi, et si je le voulais, je pouvais m'inviter chez elle pour une séance de divination.
Yvonne était wallonne et habitait Mouscron, une ville frontalière qui touche Tourcoing.
Je suis allée de nombreuses fois lui rendre visite.
Elle vivait seule dans une courée d'un quartier populaire, entourée de ses chiens.
Ses chiens, ses bébés comme elle disait, elle les adorait. Mais qu'est-ce qu'elle pouvait leur gueuler aprés!
Belline, c'était son jeu de cartes magiques. Elle considérait presque de paquet de carton comme une entité pensante, peut-être une amie...
Toujours le même rituel.
Je pouvais poser trois questions en tout mais dans ma tête. Il ne fallait pas les prononcer tout haut, encore moins les révéler à quiconque sinon, le charme se rompait illico.
Yvonne apposait d'abord ses mains sur le paquet l'air pénétré. Elle disait qu'elle transmettait son fluide de voyance pour créer un lien avec Belline.
Je tombais souvent bien. J'ai plusieurs fois pioché la fameuse carte bleue, celle de tous les possibles qui exauce tous les désirs...
Mais hélas, malgré la caution de la carte suprême, je n'ai pas vu mon "voeu" se réaliser...
Ensuite, elle me proposait de la "translucidité", de la voyance brute. Elle me disait que les évènements cruciaux comme les petits détails de la vie sans importance lui venaient sous forme de flash rapides qu'elle tentait de décrire et interpréter de son mieux, avec ses mots à elle. La chose était comique. Passé, présent et futur se mêlaient dans un discours aussi abracadabrant que nébuleux.
Un jour, je l'ai questionnée sur les clichés affichés près du buffet. Sa vie n'avait pas été toujours facile. Elle avait grandi dans un orphelinat et s'était très tôt engagée dans l'armée.
Je l'interrogeai au sujet de la jolie blondinette qui souriait sur une photo et elle m'apprit qu'il s'agissait de sa fille. Elle vivait loin avec son père, elle ne la voyait presque jamais.
Je n'aurais jamais imaginé Yvonne avec un mari, une famille. Bref, une vie normale.
Je n'étais venue pas la voir depuis un moment.
Elle ne répondait pas à mes appels et je pensais qu'on avait sûrement dû lui couper, faute d'avoir pu payer les factures.
Je frappais à la porte mais la maison semblait vide. Les chiens n'aboyaient pas...
Un voisin m'apprit qu'elle était morte il y a peu. Elle avait eu un cancer du cerveau, une mauvaise tumeur.
On aurait pu croire à une farce amère de la destinée. Yvonne avait fait une très mauvais pioche...et pas de carte bleue pour annuler le mauvais sort.
Mais Yvonne ne voyait pas son propre avenir. Elle qui avait prédit tant de destins heureux aux autres, elle avait fini dans la misère, la souffrance et l'isolement.
Elle avait un grain, ça je le savais, mais delà à lui trouver une tumeur cérébrale...
Etait-ce donc l'explication rationnelle de ses fantasques visions? Ce don, qu'elle croyait dur comme fer tenir de l'archange Gabriel, ce don, se résumait donc à un bête symptôme neurologique?
Et la magie dans tout ça, où est-elle?
Ca avait l'air vrai, mystérieux et authentique pourtant.
Moi, je préfère continuer à croire en cela.
mardi 26 avril 2011
samedi 9 avril 2011
dimanche 27 mars 2011
Ze english trip, enfin en ligne...
Sur "Crayon et sac à dos", le blog dédié aux carnets de voyages: à droite dans les liens.
http://crayonetsacados.blogspot.com/
C'est le début, soyez patients, mettez le blog sur votre barre de navigation, dans vos favoris, et allez vous balader de temps à autres.
Have a nice trip (de caen).
http://crayonetsacados.blogspot.com/
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Have a nice trip (de caen).
vendredi 25 mars 2011
ARATORIA- remembrements
Voilà, la série est enfin finie.
10 dessins format raisin (voir un peu plus grands)
Aquarelle, encres, crayon et sérigraphie.
Merci à Bernard pour l'aide dans les calages et le tirage.
Nota: ça rend mieux en vrai...
10 dessins format raisin (voir un peu plus grands)
Aquarelle, encres, crayon et sérigraphie.
Merci à Bernard pour l'aide dans les calages et le tirage.
Nota: ça rend mieux en vrai...
samedi 12 mars 2011
A Caen même - oeuvre éphémère
L'intervention de Malte Martin et Agrafmobile entendait questionner les citadins, les interroger sur la valeur des espaces publics et la manière dont ils sont investis. Pour leur intervention, ils avaient justement choisi les places publiques un peu mortes de Caen: la place St Sauveur encombrée de bagnoles, la place st martin qui n'est qu'un carrefour automobile et la place du théâtre qui est toujours un peu vide et balayée de froides bourrasques de vent...(comme le jour de l'installation). Des volumes cubiques en carton formaient des lettres, des mots: "à Caen même", l'ensemble se présentant un peu comme un parcours: le "à" sur la place St Sauveur, le reste devant le théâtre.
Agrafmobile à caen-même, c'était inespéré!
"Ah! Quand même!" donc.
Je craignais que le vent et la flotte n'abime cette fragile installation, je me disais qu'elle serait rapidement taguée, customisée (le carton blanc, c'était trop tentant), mais je ne me doutais pas qu'elle serait détruite, ravagée dès le premier soir.
J'ai juste eu le temps d'aller jeter un coup d'oeil sur place et tirer des photos avant le vernissage. Le lendemain, les installations étaient complètement saccagées, les cartons défoncés et remisés sur le bord de la route attendant le passage de la benne...
Incompréhension? Plaisir malin de la destruction?
Caen, ville détruite à 80% il y a 60 ans, ville de la tripe, ville du bizness du souvenir de la guerre. Ville de ploucs?
Je ne dirais pas "ah, quand même! " mais "à quand...?"
dimanche 6 mars 2011
jeudi 3 mars 2011
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